On dit que les bébés sont égocentriques. On dit que l'identification est un mode d'appropriation du monde indispensable aux tout petits. Je veux bien le croire. Mais je pense que cette force, que l'on acquiert à se savoir le centre du monde,
elle doit nous servir à le regarder, ce monde,et à voir qu'on est pas tout seul, vraiment, à être le centre du monde, qu'il y a aussi à s'émerveiller avec ce qui ne nous ressemble pas...
Donc un jour, j'ai eu envie de raconter le ciel aux bébés, de tisser avec les mots un fil entre eux et les étoiles, un fil sur lequel ils pourraient danser, jouer, gazouiller, un fil qui les aiderait, peut-être, (car avec les bébés, c'est comme avec les mots, on n'est jamais sur de rien...) à apprivoiser le lointain, l'étrange, l'infiniment autre...
A l'idée de cette rencontre entre les bébés et les étoiles, s'est superposée immédiatement celle d'écrire des haïkus : quoi de plus adapté en effet à cette conversation entre le tout petit et le très grand, que cette forme très ancienne de la poésie japonnaise, cette toute petite forme qui tente de saisir, tout simplement, l'espace d'un instant, le réel ?..
Françoise Gerbaulet